Philipponnatpolyphoné



Philipponnatpolyphoné

Poésie orale à partir d'écrits de F. Philipponnat

Les textes sont mémorisés, dits en grande partie à deux voix, à l'image de partitions musicales
La performance peut s'ouvrir à l'intervention d'un artiste calligraphe, typographe, musicien...

MÉDIATHEQUES
  ○ pour une journée, avec plusieurs interventions dans les différents secteurs (Adultes et Enfants)
en spectacle, dans les rayonnages (installation minimale) ou auditorium, d'une durée d'env. 1h15
 
THÉÂTRES et tous lieux culturels, en France et à l'étranger

Curieux d'expériences et passionnés de parole poétique, nous nous produisons dans les
parcs & jardins, greniers, maisons d'arrêt, lycées, festivals littéraires...

avec F. Philipponnat & N. Cabarrot, comédienne

Budget : 2 Cachets Guso 250 € net / Frais de déplacements -depuis le Gard / Accueil, selon le projet.

Contactez-nous
Nous aimons concocter les Poévénements avec l'organisateur !


POINTS DE VUE

"Le tout petit près du gigantesque sans aucun malentendu, une ivresse de bonheur immense qui ne cesse de se multiplier dans la bouche, dans l'air, formant un dictionnaire multivocal, cruche surprenante de mots abeilles"... Israël Eliraz

…"C’est intense ; drôle parfois, et incroyablement VIVANT… Le langage devient matière. La poésie lui rend toute sa force. Tentative indispensable de dire l’essentiel, toujours sur le bout de la langue, le texte de François Philipponnat explore ce territoire où celle-ci, à la fois, se brise et s’invente. Dans cet entre-deux où le langage bute, elle devient Parole, Jouissance et Création. Les deux interprètes en sont les serviteurs éclairés"... F.Riboud. Regard n° 38 
 

EXTRAITS

Pour qui danse la mouche ? 

Éd. L'albatros
Tempo : 100 

La mouche danse   Pour qui danse la mouche ?   (ad libitum)

La manche douce pour quiche dans la mousse ! Quoi ?
La mouche danse pour qui danse la mouche ? Hein ?
La douche mange l’eau coule dans sa bouche ! Quoi ?
La mouche danse pour qui danse la mouche ? Hein ?
La bouche change assoupie dans la louche ! Quoi ?
La mouche danse pour qui danse la mouche ? Hein ?
La chance bouge pour qui change la bourse ? Quoi ?
La mouche danse pour qui danse la mouche ? Hein ?
La branche se couche alourdie par les anges ! Quoi ?
La mouche danse pour qui danse la mouche ? Hein ?
La blanche méduse pique tout ce qui la touche ! Quoi ?
La mouche danse pour qui danse la mouche ? Hein ?
L’avalanche s’amuse tous les mots font mouche ! Quoi ?
La mouche danse pour qui danse la mouche ? Hein ?
La galoche s’use sur les jours et les roches ! Quoi ?
La mouche danse pour qui danse la mouche ? Hein ?
Les taloches fusent sur les joues des mioches ! Quoi ?
La mouche danse pour qui danse la mouche ? Hein ?
Gavroche accuse l’amour fantoche ! Quoi ?
La mouche danse pour qui danse la mouche ? Hein ?
Décoche les ruses qui usent tes poches ! Quoi ?
La mouche danse pour qui danse la mouche ? Hein ?
Décroche l’écluse mets les muses sous cloche Quoi ?
La mouche danse pour qui danse la mouche ? Hein ?
Si tu touches au sens c’est la transe des babouches ! Quoi ?
La mouche danse pour qui danse la mouche ? Hein ?

Je la chasse elle revient la danseuse hystérique looping virage sur l’aile et chute acrobatique
son biplan cabossé carlingue dévissée par la voltige qui boucle sa boucle mythique
L’ogre gris qui s’agrippe aux barreaux de ses rêves ronfle derrière les yeux qui lui mangent la tête
La mouche danse au milieu d’une pièce sans coins sa poésie vertige d’insecte analphabète
Je la chasse elle revient elle revient je la chasse elle n’a rien que ne sache mon chien qui rêvasse
Quand on plantait nos phrases dans la chair du silence chaque mot acéré debout dans la morsure
comme sur une barricade dressée devant la mort la mouche hurlait déjà son vol énigmatique
Depuis toujours de mère en fille le langage est pulsation secrète transe enfance des sens
Quelqu’un la manigance dans l’ombre des plafonds l’œil cambré dans les reins d’une carafe de venin
Elle gobe les zigzags qu’elle trace dans l’air blessé chorégraphie honteuse qui cherche à s’effacer
Elle est traquée sous pression et l’œil aux aguets dans les pelotes furieuses de ses trajectoires
Et quand elle cherche l’issue de la transparence elle se bute aux vitres nues des apparences
La tête mille fois cognée aux murailles de verre le ballet maudit conçoit dans la poussière sa soeur

la mouche qui danse      Pour qui danse la mouche ?



Narcisse
(Texte à deux voix simultanées)

Et c’est comme s’il pleuvait sur le miroir troublé.

Et l’Eau dit à Narcisse : "Regarde-moi !"
Narcisse la regarde.
Et c’est lui-même qu’il voit.

L’Eau dit à Narcisse : "Regarde-moi ! Regarde-moi !"
Et plus elle le dit, plus elle s’agite.
Et plus elle s’agite, moins Narcisse se voit.
Et moins il se voit, plus il pourrait la regarder
et plus il se détourne d’elle.

L’Eau dit à Narcisse : "Regarde-moi ! Je t’en supplie ! Regarde-moi dans les yeux ! Dis-moi ton amour… personne ne l’a jamais fait !"
Et Narcisse dit à l’Eau : "Voilà, je suis à toi !"
Et l’Eau dit à Narcisse : "En es-tu sûr ? Je crois bien que tu me trompes : tu me regardes, et c’est quelqu’un d’autre que tu vois !"

Alors, Narcisse dit à l’Eau : "Eh bien, regarde-moi, toi !"
Et l’Eau dit à Narcisse : "Désolée, mais je ne vois rien ! Mets-toi en face de moi, si tu veux que je te regarde !"
Et Narcisse se penche vers l’Eau et dit : "Maintenant, regarde-moi, je t’en conjure !"
Et l’Eau dit à Narcisse : "Ton image est sur moi, comment te verrais-je ? Commence par l’enlever !"
Et Narcisse se penche toujours plus vers l’Eau, pour s’en faire voir.
Et plus il s’acharne à s’en rapprocher, plus son image grossit et moins l’Eau le voit.

Et voilà qu’il y tombe.
Et, au moment où son visage touche la surface de l’Eau
il y a comme un éclair !
Et il s’y noie.

     Et c’est comme s’il pleuvait sur le miroir troublé.

     Et Narcisse dit à l’Eau : "Regarde-moi !"
     L’Eau le regarde.
     Et c’est elle-même qu’elle voit.

     Narcisse dit à l’Eau : "Regarde-moi ! Regarde-moi !"
     Et plus il le dit, plus il s’agite.
     Et plus il s’agite, moins l’Eau se voit.
     Et moins elle se voit, plus elle pourrait le regarder
     et plus elle se détourne de lui.
     Narcisse dit à l’Eau : "Regarde-moi ! Je t’en supplie ! Regarde-moi dans les yeux ! Dis-moi ton amour… personne ne l’a jamais fait !"
     Et l’Eau dit à Narcisse : "Voilà, je suis à toi !"
     Et Narcisse dit à l’Eau : "En es -tu sûre ? Je crois bien que tu me trompes : tu me regardes, et c’est quelqu’un d’autre que tu vois !"

     Alors, l’Eau dit à Narcisse : "Eh bien, regarde-moi, toi !"
     Et Narcisse dit à l’Eau : "Désolé, mais je ne vois rien ! Mets-toi en face de moi, si tu veux que je te regarde !"
     Et l’Eau se penche vers Narcisse et dit : "Maintenant, regarde-moi, je t’en conjure !"
     Et Narcisse dit à l’Eau : "Ton image est sur moi, comment te verrais-je ? Commence par l’enlever !"
     Et l’Eau se penche toujours plus vers Narcisse, pour s’en faire voir.
     Et plus elle s’acharne à s’en rapprocher, plus son image grossit et moins Narcisse la voit.

     Et voilà qu’elle y tombe.
     Et, au moment où son visage touche la surface de Narcisse
     il y a comme un éclair !
     Et elle s’y noie.


Dans le pré, le cheval promène sa forme de cheval.
Le château a vissé sa forme de château sur la ligne d’horizon.
Le chemin serpente sa forme de chemin sur le flanc de la montagne
et les serpents cheminent, au même endroit, avec la forme de serpents sur les chemins.
Plus loin est plus petit, comme tous les plus loins.
Plus près est plus gros, comme dans toutes les jumelles.
Dans le ciel, les oiseaux victorieux font des « V » pareils à ceux des dessins.
Tout se tient tranquille, égal à soi-même.
L’horloge avec sa tête de temps qui passe.
Les quatre pieds avec le dessus de la table à bout de bras si patiemment ressemblants à des photos de pieds de table.

Les choses se comportent comme dans le dictionnaire (qu’on leur a sans doute distribué à la naissance).
Les lampes de chevet montent la garde, de chaque coté du lit endormi,
comme si c’était leur nom qui les retenait là !

Elles n’assouviront pas leur désir de lanterne magique, de lampion coloré se ba-lançant sur une jonque dans un été chinois, de torche de plongeur cœur palpitant regard mouillé de larmes de joie nez à nez avec le trésor de Rackham le Rouge, de phare intrépide affrontant des tempêtes de force mille sans cesser de cligner de l’œil, de néon dans les rues de New York un soir d’invasion d’extraterrestres, de guir-landes de Noël qui font couler des rivières de diamants dans les arbres des Champs-Elysées ou d’éclair dans mes yeux quand j’entends le prénom de mon amour !..

Les feux rouges ne prennent pas la route,
ni les ports, le large
… les spectateurs, la parole.
Comme si c’était leur nom qui les retenait là !

Sur les tables de nuit, les livres restent ouverts aux pages où on a arrêté de les lire
et les histoires attendent les yeux qui continueront de les dérouler.

Dans le pré, le cheval promène sa forme de cheval qui promène sa forme de cheval.

Le monde entier trimballe sa forme de monde entier.

Le nuage s'étire


Tout dire !

Fractionner le temps de manière toujours plus fine et répertorier l’ensemble des basculements infinitésimaux qui font des ponts microscopiques entre les évène-ments puis, avec une tension extrême, sorte de scalpel mental, fourrer une ultime narration dans l’interstice des occurrences pour lier absolument le texte, d’une sauce faite d’anecdotes minuscules hachées menues et de fleur de farine d’images absolument homogène aux molécules parfaitement encastrées, colmater l’ensemble des strates de variantes et extrapolations enfin, verser sur le tout, comme un coulis de songe onctueux sur les micro fissures du gâteau, un glacis d’atomes de circonstances mêlé d’épigraphes lumineux et de parenthèses détaillées dont la matière confondante permettra la résorption des points de suture du scénario et la disparition des anfractuosités où se niche la ponctuation, mettant le point final à la transmission totale du sens.


- Qu’est-ce que je fais du précipice entre le moment où il ne se passe rien et celui où quelque chose arrive ?
- Traverse-le sans l’enjamber !
- Le vide est interloqué !
- Tais-toi !
- Je ne sais pas me taire ! On m’a donné les mêmes mots pour décrire le visible et l’invisible, les mêmes mots pour parler et pour me taire !
- Tais-toi ! Tes phrases renversent tout sur leur passage !
- Je ne peux pas me taire ! On me réclame une histoire, on m’extorque des preuves écrites. Il faudrait que la question aussi se taise !
- Tais toi ! Ton silence fragmenté est encore trop lourd pour ce pont suspendu à tes pieds. Tente le voyage sans trajet !
- Je ne veux pas me taire ! Les mots sont les armées qui m’ont envahi et les armes pour les déloger !

Par une trappe encore inédite, je dois accéder à ce qui se dérobe juste avant le début, surprendre les préparatifs, décrire la gestation du récit, débusquer la parole dans ses premières coulisses.
Dire.
Dire toutes choses.
Mais surtout l’espace qui les sépare.
Nourrir le vide qui surgit systématiquement de chaque côté de ce qu’on nomme.
Dire en continu.
Etirer l’oscillation.
Tenter l’amour sublime !

Je dirai l’intervalle.
Si une vie ne me suffit pas pour courir après les mots qui doivent le gommer et ne font que le multiplier, j’en inventerai une autre !
Je recenserai la foule des points qui se presse dans une ligne ; j’en nouerai les extré-mités avant de m’abandonner au sommeil du cercle.

Petit, déjà
je vidais l’océan
et comblais la plage

avec un petit seau en plastique…


Chris Craft…Chris Craft… CHRIS-CRAFT !

Je ne sais pas pourquoi mais je dis  Chris-Craft !
Tu ne sais pas pourquoi mais tu dis  Chris-Craft !

Je ne sais pas pourquoi mais tu dis :
Tu ne sais pas pourquoi mais je dis :

PIAZZA SAN MARCO !

Tu ne sais vraiment pas pourquoi mais tu dis  Chris-Craft Yasser Arafat !

Qu’est-ce qui te pousse à dire  Chris-Craft ? Mats Vilander Nicolas Gogol !

Pourquoi dis-tu Chris-Craft ? Popocatepetl Titicaca Quetzalcoalt !

Tu ne sais pas pourquoi mais tu dis  Chris-Craft !

Tamanrasset ! Zarathoustra ! Galàpagos ! Archiduc d’Autriche !
Pinochet Neruda ! Cap Horn ! Trompes de Fallope !

TU LÂCHES LES MOTS SUR L’APPÂT DES CHOSES
FOUINES, DENTS ACEREES, DANS LE TERRIER DES OREILLES !

Chris-Craft !
Tu ne sais pas ce que c’est, mais tu dis  Chris-Craft !
Et si tu ne le dis pas tu le penses ça te trotte dans la tête Chris-Craft !
Peut-être ne le cries-tu pas mais Chris-Craft t’embouche et déborde
Hors-bord ! -Tu ne le savais pas

Maintenant tu le sais, mais quand tu le dis, tu ressens la même chose que quand tu ne le savais pas. Dès que tu l’as dit, tu ne le sais plus. Tu le répètes, comme pour apprendre sa répétition, le dire pour n’avoir plus à le dire. Il se couche et tu le relèves. C’est une marée inassouviesuivie de sa marmaille qui babille ce qu’elle va bientôt prononcer. IL Y A  l’étrave du mot et les vagues de salive de chaque côté des mots un labour- mais dans l’eau- un soc qui laisse derrière lui deux revers liquides aussitôt repris par la surface impavide ensevelit ce que TU DRESSES CE QUI S’ENFOUIT A PEINE ASSOUPI.

Il faut des Chris-Craft pour ouvrir la surface  Alors les eaux profondes se montrent monstres à qui a des yeux pour les voir
LOCH NESS langues luisantes entre les lèvres du silence Il faut des LOCH NESS pour maintenir la vigilance  secouer la platitude de l’oscillogramme
des serpents de mer pour que s’ébrouent les marbres ! des LOCH NESS mots peurs  fibrillateurs
CRIC CRAC CHRIS CRAFT
ft ft’ ft’ f’te fuite futile faut-il fatal faute photo foot foutre foutriquet fatras fric frac Chris - Craft Christ !
Verbe cloué !
Triste ! …
On le comprend !
On ne voudrait pas être à sa place !
ça crisse ça frotte sous la dent
sable dans le sandwich
silice sur le silence
pénitence des mots fouettés
ft’…craft…Chris-Craft !

Je ne sais pas pourquoi mais je dis  Chris-Craft !
Tu ne sais pas pourquoi mais tu dis  Chris-Craft !

Je ne sais pas pourquoi mais tu dis
Tu ne sais pas pourquoi mais je dis

PIAZZA SAN MARCO !

Tu ne sais vraiment pas pourquoi mais tu dis   Chris-Craft ! Yasser Arafat !

Qu’est-ce qui te pousse à dire Chris-Craft ?  Mato grosso  Léon Tolstoï !

Pourquoi dis-tu Chris-Craft ! PopocatépetlHonoluluCaracas ! Ginalolobrigida !

Tu ne sais pas pourquoi mais tu dis Chris-Craft !

Tamanrasset ! Zarathoustra ! Galàpagos ! Gaza Jérusalem ! Cap de bonne espérance ! J’irai à Nagasaki !

TU LÂCHES LES MOTS SUR LA CIBLE DES CHOSES
FOUINES, DENTS ACEREES, DANS LE TERRIER DES OREILLES !

SOUVIENS-TOI, DANS LA GROTTE, NOS MAINS, SOUFFLEES CONTRE LES MURS !
L’OMBRE DES MANDIBULES QUI MACHAIENT LE SILENCE !

Chris-Craft ! Pithécanthrope !


Je me  Tu te  Tu te  Je me  Je te  Tu me  Tu me  Je te  Nous !
Je te Tu me comprends comprends
Je te comprends Tu me comprends
Je te comprends Tu me comprends
Je te dis que je te comprends Tu me comprends
Je te dis que je te comprend Tu me dis que Je me comprend
Je me dis que Je me comprends Tu te dis que tu te comprends Je
Tu te dis que tu te comprend Je me dis que je me comprend Tu Nous !
Je comprends Rien Rien te comprend.


Ne nous comprenant pas nous ne comprenons pas les mots mais les mots nous comprennent Ils nous prennent par le sentiment de l’oreille Crabes Cancers Cancres Pinces Gonflements Boursouflures Efflorescences Tumeurs de l’âme Paroles tumorales Tumulus Recel du secret enfoui Clef sous le paillasson Soubresaut de silence dans l’œil archéologue Ne nous comprenant pas nous ne comprenons pas les mots Sans les mots nous explosons Avec implosons Question d’équilibre des pressions Sans nous ils osent à peine être Nous les explorons Ils nous implorent Englobent Embrassent Empoignent Embouchent Triturent Enterrent Heurtent Heurtent Hèlent Happent Hop Au pas Nous mettent en ordre de marche forcée Ne nous comprenant pas nous ne comprenons pas Les mots nous composent en strophes et graf et gravent les pierres où nos corps décomposent le code nous configure Même visage Même allure que l’intérieur rendu au silence défigure Salives évaporées dans les gorges de poussière Nous les prenons Nous nous les prenons en plein dedans Pour ce que nous sommes ils nous prennent pour ce qu’ils sont nous sommes ce qu’ils nous prennent Nous nous méprenons leurs noms nous contiennent Nous tiennent ensemble serrés les uns contre les autres dans l’abri sous roche et le feu du récit Les mots te contiennent Ils te tiennent serré contre toi-même Ils te semblent au dehors et t’assemblent au-dedans Nous ressemblent Rassemblent Nous Et vous retiennent Nous les mots Les mots nous Les moineaux piaillent dans les bouches et picorent des miettes d’arc-en-ciel égarées dans la fureur fragile des phrases Nous après Eux après Nous Peaux tendues sur le vide Trampoline du verbe Entre nous Les mots qui nous séparent de nous n’est-ce pas ? Entre mes mots moi pour tenir ma langue Pièce d’identité joint polymère de la schise sur le gâteau Dans le mouvement même de parler l’hystérique constitue son désir Lacan Ici Bientôt rejoindre les autres en récréation quand tu parleras comme il faut Tais-toi Tais-moi MOTUS VIVENDI !



J'ai marché droit devant
Période IV
Azimut Sud-Est

J'ai marché droit devant
payé mon tribut à la poussière de monde.

Marche mille fois foulée.
Quand mon pied l'a traversée
elle n'existait plus !

Sous la foule des pieds
la marche s'en est allée.
Quelle marche dis-tu ?

La marche tant gravie
qui l'a touchée en dernier ?
Elle a disparu.

Confins de l'usure.
Le pied prononce la marche
pour la dernière fois ?

Un pas de plus
plus de marche.
Un pas de moins
qu'est-ce que l'usure ?

Un mot de plus
plus d'intervalle.
Un mot de moins
qu'est-ce que l'écriture ?

Seule l'écriture peut franchir la muraille de la peau
semer le coquelicot du meurtre dans les crânes fertiles.

J'ai arraché une à une les feuilles du carnet à spirale.
Seule l'écriture peut continuer le récit après la dernière page.

Si quelqu'un a déjà atteint le point de non-retour, qu'il laisse ses chaussures sur l'appui de fenêtre de ses rêves : nous viendrons vérifier l'état des semelles !
Seule l'écriture peut rapporter le dernier voyage.

Si quelqu'un a regardé la jouissance droit dans les yeux, qu'il distille de ce fruit-là un alcool pur, pour flamber nos nuits d'approche, une encre indélébile pour tatouer nos mémoires !

Si quelqu'un est déjà mort, qu'il se lève, et prenne la seule parole qui vaille !

L'écriture marche droit devant  derrière
comme on passe avec deux pierres derrière  devant   un gué aux rives égarées

Elle ment toute la vérité qu'on lui a patiemment collectée
ramasse les feuilles un jour de mistral !


Les MOTS sont l'émotion (pour deux voix et percussion)

Les mots sont Les mots sont
Les mots sont Les mots sont
LES MOTS SONT Les mots sont
Les mots sont   les sons des mots
Les mots sont Les mots sont
Les mots sont   les monts sots
Les mots sont   des monceaux de sons
LAISSONS LES MOTS Les mots sont   l'émotion !
Les mots sont Les mots sont
Les mots sont   les sons de l'âme et l'hameçon jeté dans le grand fond des lames
Les mots sont des saumons  regards tendus vers la source
Les mots sont L'émotion !
LES MOTS SONT  des moussons  des vents qui soulèvent les jupes de nos fêtes éphémères
et s'enfuient aussitôt par la fente du rêve !

LES MOTS SONT SIX LANCES PLANTEES DANS LA TERRE INCULTE DES HISTOIRES VAGABONDES !

C'est fini. C'est fermé. Vous ne pouvez plus parler. Motus dans l'hygiaphone. Pour les mots plus personne !

JE CONVOITE LES MOTS QUI FASSENT PETER LES BOUTONS D'UN FONCTIONNAIRE ATTARDE ENTRE MIDI ET DEUX HEURES !
Je console les mots commis d'office à raconter les guerres entre minuit et douleur !
Je caresse le souvenir des mots chuchotés par le doigt des enfants sur le sable des marées basses !

Mots bannis
Mots bannis longs galbés sur la jambe du langage offerte à l'ouïe de l'œil concupiscent.

Mots mots  j'entends des mots dans les
MOTS MOTS  j'entends des mots dans les -
MOTS MOTS  - pas vous moi si - PAVOTS MOISIS !
Mots mots  j'entends des mots dans les
MOTS MOTS  j'entends des mots dans les -
MOTS MOTS  j'entends des mots dans le cœur des
Mots mots  et j'entends l'écho qui meurt sans
- - des ventriloques les
MOTS MOTS  j'entends des mots dans les
MOTS MOTS  - pas vous Moi si VOICI
Les mots mots les mots de l'homo sapiens
LES MOTS MOTS les mots de l'homo  Chapeau !
LES MOTS LES MOTS -les soirs de trac - ont la sueur qui goutte aux aisselles
Est-ce elle ? -- oui
Les mots les mots se rangent en vrac au fond des placards à vaisselle
Pas de lessive pour les mots sales
DANS LES COURSIVES ON LES ENTEND QUI RALENT
Jetables les mots
Jetables ! Je table sur les mots !

Les mots sont des mousses où pousse le chancre de la folie
Les mots sont des miss où poissent les membres d'académie
Les mots sont des messes où paissent les chantres d'Ophélie
Les mots sont des sas où pissent les gardiens de nos nuits

LES MOTS SONT DES MUSES OU S'ASSOUVISSENT NOS GALAXIES !

Certains des mots  sont des démons . Certains démons, des mots !
Certains des mots sont des démons ! Demain, dès mon retour du monde des mots dûment demandés - répertoriés

j'irai, avec ma sagaie, dans la jungle inextricable des dictionnaires - à vif - récolter le suc magique à la racine des mots imaginaires pour le semer dans les pots de fleurs incongrus de nos boîtes crâniennes alignées comme des soldats de celluloïd devant les double rideaux du paradis !

(chanté)
Certains des mots
sont des démons
des mots déments
des mots d'amants
songes.

Certains des mots
sont des crapauds
dans les fontaines
où nos sirènes
plongent.

Certains des mots
font du ramdam
sur le macadam
des salauds
qui s'allongent.

Certaines dames
à demi-mot
donnent nos âmes
à leurs chiots
qui les rongent.

Certains des mots
pour leur promo
empruntent
les sens interdits
de la mort
et sans décence
les vomissent
à la décharge
des mots dits
sans remords.

Puis ils embarquent
pour l'enfer
ballottés par
les caniveaux
indifférents
sur de vagues
capsules de bières
pour les œillades
et les bravos
des passants.

Certains des mots
sont des démons
des demi-nus
sans retenue
des diables en boîte
qui sautent en l'air .
comme les bretelles
qui ne tiennent plus
à cacher l'cul
des jattes.

Ils s'en vont seuls
sur les trottoirs
les nuits d'automne
sous les quolibets
les tomates

L'accordéon
des pantalons
sur le plancher
joue leur musique
écarlate !   
...
Les chants d'amour sont politiques !
Chaque frisson de crépuscule est une prise de position !
Les rires les larmes atouts de la démocratie.
Nous chevaucherons dans la grande allée du pouvoir, tapissée de nos muselières arrachées !
Quoi ?…les mots ne sont pas lettres mortes !
Chaque bouche les ranime.
Chaque langue les dresse dans l'espace ahuri.
Le moindre stylo bille les tatoue sur la bouille des mondes engloutis.
Et si l'indifférence les efface, ils ressurgissent la nuit, dans les cerveaux torturés des menteurs invétérés, comme des morts vivants, des Phénix - Arizona - flambant neufs…

Ils se faufilent, s'infiltrent, s'insinuent, s'immiscent, S'ANFRACTUOSENT ME DIRE ÇA À MOI, ALORS QUE MOI,
JAMAIS, TU M' ENTENDS, JAMAIS ! Ils tapissent nos circonvolutions frontales comme des alluvions accumulés de jetaidéjadits, des strates de jemetuatelerépéter…

UN SEUL MOT est plus subversif qu'une armée de militants poings tendus vers les sabres qui vont les trancher !
On me coupe la parole? Elle repousse !
On gomme tes mots ? Tu les affiches !
On les déchire ? je les réécris dans des carnets secrets en réserve de la révolte !
On les brûle ! tu trouves un calcaire pour les graver sous le miroir du ciel !
Trop tard pour les poursuivants : le message est transmis
Tout sera publié demain matin dans la presse sidérale !

Et si personne ne la lit - C'est qui elle ? - Et si personne ne la lit, la mémoire en sera quand même consignée dans les bibliothèques cosmiques, sur des rayonnages transparents, consultée par les ombres… et quelques chiens errants…
Pas plus ni moins que la marque des ongles sur les murs de l'absence.

La cheville blanche aux feux noirs
Les deux en noir aux chevaux blancs
Les muets sortent des isoloirs
Leur porte-parole est le vent !
La fille en blanc aux cheveux blancs
La dame en noir aux cheveux blancs
Le temps trafique les miroirs
JE NE DIS QUE CE QUE J'ENTENDS !

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